Cravates
imprimées cashmere, costumes écossais, cours d'aérobic,
j'ai des cassettes vidéo à rapporter, des épices à
acheter chez Zabar, clochards, truffes au chocolat
blanc... Les effluves écoeurants de Drakkar Noir, le parfum
que porte Christopher, flottent devant mon visage,
mêlés à ceux de la confiture et du cilantro, des oignons
et des piments. « Mmmm-mmm », fais-je de nouveau.
— Et pour ceux qui veulent des vacances actives, il
y a l'escalade, les randonnées souterraines, la voile, le
cheval, le rafting. Pour les joueurs, de nombreuses îles
ont un casino...
L'espace d'une seconde, je me vois tirer un couteau
et couper un poignet, un de mes poignets, pour présen
ter la veine jaillissante au visage d'Armstrong, ou
mieux encore la diriger vers son costume, et je me
demande s'il continuerait de parler. J'envisage la possibilité
de me lever et de partir sans m'excuser, de
prendre un taxi et de me rendre dans un autre restaurant,
quelque part vers SoHo, ou peut-être encore plus loin,
pour prendre un verre, faire un tour aux toilettes, même
passer un coup de fil à Evelyn, éventuellement, avant
de revenir au DuPlex, et chacune des molécules qui
compose mon organisme me dit qu'Armstrong serait
toujours en train de parler, non seulement de ses
vacances, mais de ce qui semble être le lieu de vacances
du monde entier ; ses Bahamas à la con. Entre-temps,
le serveur emporte nos hors-d'oeuvre à demi terminés,
apporte deux autres Coronas, du poulet d'élevage au
vinaigre de framboise et à la sauce verte, du foie de
veau aux poireaux et à la laitance d'alose, et je ne sais
plus qui a commandé quoi, mais cela n'a pas une
grande importance, car les deux plats sont parfaitement
identiques. Je me retrouve avec le poulet d'élevage
garni en plus d'un coulis de tomates naines, je crois.
Ellis, Bret Easton - American Psycho
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